• Peter Parkour

Blockbusters et continuité

Mis à jour : 13 déc. 2019

Alors que Terminator Dark Fate actuellement dans nos salles se définit comme étant une suite directe du second opus de la saga réalisé par James Cameron en mettant donc de côté toutes les suites réalisées depuis 1991, il semble intéressant de revenir sur la notion de continuité dans le cinéma de divertissement contemporain à l'heure où elle semble devenir de plus en plus malléable.



Des sagas protéiformes


Difficile de parler de continuité sans parler de suites, et le phénomène des suites arrive au cinéma dans les années 80 notamment avec les saga portées par Sylvester Stallone, c'est l'heure des suites au titres simplement déclinés en chiffres ( notamment des chiffres romains pour Rocky dans le but de surligner l'aspect mythologique du combat ) . Dès lors les manquements à la continuité de ces sagas se limiteront à des changements de castings pour certains personnages, on verra notamment Harvey Dent incarné à la fois par Billy Dee Williams et par la suite par Tommy Lee Jones dans la première saga Batman, une saga qui , comme Alien ou Mission Impossible ( du moins au début de la saga) était à chaque fois modifiée selon le réalisateur aux commandes.


Pour ces sagas , chaque réalisateur aura sa propre conception de la continuité par rapport aux films précédents, par exemple Alien 3 n'hésitera pas dans son prologue à tuer Hicks et Mewt , deux personnages de l'opus précédents très chères aux fans de la saga. Mais trahison n'est pas incohérence et dans le cas d'Alien 3 cette notion de trahison reste très discutable ( comme l'explique très bien Monsieur Bobine ) .







La saga Mission Impossible évoluant et se cherchant à chaque épisode, mettra près de quatre films pour donner un semblant de continuité en faisant revenir des personnages issues du premier film ( Vingh Rames ) ou en donnant de plus en plus d'importance au fil de la saga à des personnages secondaires ( Simon Pegg ) et surtout en donnant de la profondeur au love-interestet d'Ethan Hunt.



Auparavant , le personnage d'Ethan Hunt semblait être un James Bond-like, changeant de partenaire à chaque film sans que l'on lui demande des comptes. Dès le troisième opus,pour justifier le fait qu'il abandonne ses activités d'agent secret, une relation plus importante pour Ethan nous est présenté via le personnage incarné par Michelle Monaghan. Malheureusement cette amorce de relation pour le personnage deviendra par la suite un fardeau de continuité pour les réalisateurs suivants qui s'efforceront de l'entretenir sans conviction jusqu'à ce que Christopher McQuarrie dans le dernier opus offrira malgré tout à cet arc une conclusion satisfaisante. C'est d'ailleurs aussi ce dernier qui sera le premier réalisateur à signer deux films de la saga ( et même un troisième en préparation ) qui constituent presque un dyptique au cœur de la saga. Si Cruise justifie ce choix en expliquant que McQuarrie et lui partagent la même vision du cinéma ( ce qui est vrai ) , il est aussi vrai que le cinéma de divertissement de cette dernière décennie a privilégié l'uniformité d'un univers au détriment de la personnalité des réalisateurs.





Univers connecté


2011, Matthew Vaughn réalise le brillant réjouissant First Class qui narre la rencontre entre Charles Xavier et Magnéto, les origines des X-Men donc. Dès lors les fans commencent à pointer du doigt les nombreuses incohérences par rapport aux autres films de la saga, ce qui donnera l'impression que chaque réalisateur s'est contenté de faire le meilleur film possible en faisant fi des détails de certains films précédents. Le film suivant , Days of the future past éludera certaines incohérences ( tout en effaçant au passage X-Men 3 ) mais la saga X-Men restera toujours aussi brouillonne jusqu'à l'épilogue de Dark Phoenix, film conclusif de la saga. Si les fans de comics ne sont pas, par essence, très regardant en ce qui concerne la continuité, la notion d'ensemble de la saga en prend un coup. La faute à un manque de vision d'ensemble pour une saga née lors des débuts balbutiants des adaptations de super-héros au cinéma et qui, plutôt que de créer un univers cohérent, s'est efforcé d'adapter les meilleurs histoires et de mettre en valeurs les personnages les plus populaires, parfois au mépris de la cohérence.





Cette vision d'ensemble elle sera justement incarnée par Kevin Feige du côté de Marvel Studios. Le producteur à l'origine de la création de l'univers partagé du MCU, mettra un point d'honneur à privilégier la cohérence et la vision d'ensemble de l'univers , quitte à rogner la marge de manœuvre des réalisateurs. Malgré quelques exceptions ( James Gunn, Shane Black ) , l'univers du MCU se distingue par son uniformité que ce soit au niveau de sa photographie ou de sa structure. Dans cet univers , chaque film sert un grand tout où la continuité est la clé. Ainsi Edgar Wright se verra débarqué du projet Ant-Man pour avoir écrit un scénario bien trop déconnecté du MCU et de ses problématiques. Si la personnalité des réalisateurs est bridée, il reste en revanche un véritable miracle de production qui aura su faire accepter au grand public une narration propre aux univers de comics. Tout ceci culminant lors d'une bataille finale réunissant pléiade de héros au sein d'un univers qui respire la cohérence. La conséquence de cela en revanche c'est d'habituer le spectateur à suivre non plus un film unitaire mais un épisode d'un univers partagé où sitôt que le film se termine on se doit alors d'annoncer le prochain. C'est ce qui conduira plusieurs studios à créer leur propre univers partagé avec la réussite que l'on connaît.....



Tabula Rasa


D'autres studios enfin préféreront gérer la continuité de leur univers à leur guise, bien souvent pour effacer certains films honteux ou bien une continuité devenue difficilement regardable de part l'absurdité de ses scénarios ( voir la saga Halloween ). Mais aussi dans un soucis de clarté, dans le cas du dernier film de la saga Halloween l'intérêt est de pouvoir bénéficier du casting original tout en ayant pas besoin en tant que spectateur d'avoir vu la dizaine de films qui précède le dernier opus pour suivre le film. Après la vague des remakes, puis de reboot, nous voici dans une troisième ère à mi-chemin entre ces deux genres où le studio tout comme le public se rattache à sa suite préférée et permettre une nouvelle porte d'entrée pour le public néophyte.


Ce sera aussi le cas pour le projet avorté d'Alien 5 de Neil Blomkamp qui était censé être la suite directe d'Aliens de James Cameron, effaçant au passage les films de Fincher et de Jeunet. Ici le risque de perdre le spectateur en complexifiant la timeline de la saga est compensée par la popularité du film de James Cameron et de l'accueil mitigé de ses suites. Ce type de projet aurait alors une volonté correctrice, comme pour rattraper les "erreurs" du passé. Ce projet sera finalement annulé , l'influence de Ridley Scott étant trop forte, lui qui justement tente avec ses prequels d'uniformiser l'univers d'Alien à travers sa vision quitte à tomber dans la sur-explication des mythes qu'il a érigé 40 an plus tôt.


Cette astuce sera aussi utilisée par Colin Trevorrow pour Jurassic World qui fait bien attention de ne jamais mentionner l'incident de San Diego apparu dans le Monde perdu de Steven Spielberg. Non pas parce qu'il s'agît d'une suite honteuse ( sûrement pas ) mais par souci de cohérence , en effet , difficile de justifier le succès d'un tel parc alors qu'un T Rex a causé plusieurs dizaines de mort en pleine ville quelques années plus tôt. On parle ici de soft-reboot histoire de complexifier encore plus la chose.


Le modèle du MCU ayant grandement modifié la manière de raconter des histoires au sein des blockbusters, la notion de continuité évoluera certainement au fil des années vers des formes nouvelles et de plus en plus complexes et malléables. Et ça grâce à un public de plus en plus habitué aux reboot et prêt à soutenir la suite d'un de leurs film préféré au sein d'une saga. Et lorsque que ces saga seront à nouveau embouteillée dans une continuité lourde et qui n'aura plus vraiment de sens, elle finira elle aussi par se réinventer en faisant table rase. Effacer pour tout rebâtir.


Pour aller plus loin :


La vidéo de Monsieur Bobine qui revient sur Alien 3 : https://www.youtube.com/watch?v=lZqK1xjgY-8


Un épisode de Bits sur l'aspect canonique de certaines oeuvres : https://www.youtube.com/watch?v=8fVoqUu7XRw




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